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PREMIER ROMAN

Bienvenu(e)s,

Les aventures de Lilhandra Young me viennent d'un rêve totalement loufoque que j'ai fait il y a quelques mois déjà... Comme j'aime écrire, j'ai décidé de jeter les bases ici de mon premier roman.

Chaque semaine, un nouveau chapître viendra s'ajouter au précedent un peu à la façon d'une série TV. Je compte sur vous pour me donner votre avis et laisser des commentaires.

A très bientôt j'espère...


karaloris@karaloris.com
Mercredi 28 juillet 2010 3 28 /07 /Juil /2010 10:00

CHAPITRE 1

 

Le clair de lune faisait scintiller les eaux obscures de l’Est River comme si un torrent de diamants se déroulait à l’infini. La nuit était si sombre que les étoiles semblaient plus brillantes que jamais. Le parc était généralement désert à cette heure mis à part peut-être un ou deux clochards qui passaient de temps en temps la nuit sur l’un des bancs sur lequel l’homme était actuellement assis. Mais ce soir, il jouissait d’une tranquillité suprême.

 

Alors qu’il semblait contempler le mouvement fluide de l’eau, ses doigts jouaient distraitement avec le lien du sac plastique qu’il balançait entre ses genoux. Lui, qui avait toujours eu peur de l’eau depuis qu’il avait failli se noyer dans son enfance, était sur le point de faire de cet élément l’un de ses atouts majeurs. En quelques secondes, il se prit à imaginer la multitude de choses qui seraient enfin à sa portée avec un tel pouvoir, comment il allait enfin s’imposer comme le maître incontestable de cette ville, comment il serait bientôt reconnu et craint de tous. Cela lui avait pris des années pour développer petit à petit ces pouvoirs qui ne demandaient plus qu’à s’exprimer maintenant. Et toutes ces créatures autours de lui qui, jusqu’à présent, étaient considérées comme des êtres supérieurs pour la plupart seraient bien obligées d’admettre ce qu’il était : un être suprême, l’égal d’un dieu. Il les avait si longtemps jalousés, imitant leurs gestuelles, leurs mimiques et allant même jusqu’à apprendre leurs langues maternelles pour mieux s’intégrer à eux. Il s’en était même rendu malade au point qu’il lui avait fallu quelques mois de repos pour admettre qu’il ne rentrerait jamais dans le panthéon des SurNats par la grande porte mais qu’il lui faudrait, au contraire, faire preuve de patience et de ténacité. Et là, il y était presque.

 

Des volutes dansantes bleues et rouges suivi du halo de deux lampes torches s’entremêlant sur les eaux calmes le tirèrent de sa rêverie. L’homme ferma tranquillement les yeux.

 

- Monsieur ? Vous ne pouvez pas passer la nuit ici. Si vous n’avez aucun endroit où dormir, nous pouvons vous accompagner dans un refuge pour la nuit.

 

L’homme leva lentement la tête, puis fixa les deux jeunes policiers qui se tenaient près de lui. Des bleus, sans aucun doute. Les plus expérimentés avaient laissé tomber depuis longtemps le laïus pseudo social qu’ils avaient appris à l’école de police. Celui qui lui avait adressé la parole était plutôt de taille moyenne, de type hispanique et ne devait pas être beaucoup plus vieux que le badge flambant neuf qu’il arborait. Le second, un grand blond aussi maigre qu’un lacet et à l’allure dégingandée, à tel point que c’était son uniforme qui le maintenait plus ou moins droit, s’était contenté de le dévisager en silence. L’homme ne s’attarda que quelques secondes sur son visage avant de détourner rapidement le regard. L’expression perplexe du policier lui avait suffit. Non. Pas si prêt du but.

 

- Il me semble vous reconnaître, vous ne seriez pas…

 

Avant même que le policier ait eu le temps de terminer sa phrase, l’homme sortit brusquement de sa chaussette un fin scalpel et en un éclair, se jeta lui. La lame pénétra la peau tendre du cou comme un couteau l’aurait fait dans une motte de beurre ramollie et traça un délicat sillon écarlate de part et d’autre de la trachée, la sectionnant nette ainsi que la carotide et les tendons du cou. Plus soutenue que par les cervicales et quelques centimètres de peau, la tête du policier bascula en arrière, précédant le reste du corps filiforme dans une chute qui semblait ne plus finir.

 

D’un air hébété, le second policier regardait son collègue se ratatiner sur l’herbe. Puis, tout en tentant de reprendre ses esprits, il porta une main tremblante à son arme qu’il n’eut pas le temps de dégainer. La même estafilade vint interrompre dans un gargouillis grotesque la profonde inspiration qu’il avait pris pour réactiver son cerveau engourdi alors que, les deux mains plaquées contre sa gorge, il tentait vainement d’arrêter le flot de sang qui s’échappait de la plaie à gros bouillons. Tombant à genoux, il leva vers son assaillant un regard implorant alors qu’un voile terne apparaissait au fond de ses prunelles, mettant fin à sa supplique muette.

 

Lentement, l’homme sortit un mouchoir de sa poche et essuya son arme d’un geste assuré. Durant un bref instant, il laissa la tristesse envahir ses pensées. Désolé, petits. Il fouilla les deux corps jusqu’à ce qu’il trouve les clés de leur véhicule de patrouille puis les y transporta avant de les asseoir aux places qu’ils auraient probablement occupées s’ils avaient été encore en vie. Puis il rebroussa chemin vers le banc où il était assis quelques minutes auparavant et récupéra le sac plastique qu’il avait laissé choir lorsque les deux policiers étaient arrivés.

 

Remontant sur quelques mètres l’un des chemins qui longeait l’Est River, l’homme s’arrêta et jeta le sac plastique dans les eaux profondes avant de faire demi-tour. Puis, il quitta le parc d’un pas nonchalant. Il aimait bien marcher un peu avant d’aller se coucher, il s’endormait toujours comme un bébé après. Un demi-sourire étira ses lèvres alors qu’un nuage voilait la lune pour la première fois de la soirée.


CHAPITRE 2

   

Kévin Crawford, les yeux rivés à la route, avait à peine jeté un coup d’œil à sa passagère. La quarantaine bien entamée, sa carrure de body-builder engoncée dans son costume anthracite et sa brosse blond platine version coupe militaire lui donnait des allures de Men In Black. D’ailleurs, il avait exactement le même job… à quelque chose près.

 

Ils venaient de quitter la cérémonie officielle organiser par le maire de New York pour l’enterrement de deux jeunes policiers tués dans l’exercice de leurs fonctions. Non pas qu’on l’ait chaleureusement prié de venir mais il ne pouvait oublier que l’un d’eux avait fait tout récemment une demande afin d’intégrer son unité. Il n’avait eu affaire qu’une seule fois au jeune homme qui sortait à peine de l’école de police mais qui avait vendu avec panache sa jeunesse et son dévouement à la tâche. Kévin lui avait d’abord proposé de faire ses preuves en tant que policier là où les choses se passaient, dans la rue et qu’ensuite, en fonction de ses états de service, il pourrait prétendre intégrer l’AFIS. Deux jours plus tard, lui et son coéquipier étaient sauvagement assassinés alors qu’ils faisaient leur ronde nocturne. Empathie ou remords, Kévin ne savait pas vraiment ce qu’il ressentait… Le paysage défilait à vive allure et il dépassait largement la vitesse autorisée mais c’était l’une des nombreuses prérogatives de son job. Là aussi… à quelque chose près.

 

A coté de lui, la jeune femme continuait de potasser un dossier aussi épais qu’un club sandwich. Les sourcils froncés, Raven Jarvis surlignait méthodiquement les informations qu’elle jugeait importantes. Lorsqu’il l’avait recrutée, Kévin s’était tout de suite reposé sur elle quant au choix des membres de son unité. D’affaires en affaires, ils avaient fini par obtenir gain de cause et eut enfin les appuis politiques et financiers pour monter cette unité quelque peu spéciale. Mieux ! Non seulement il l’avait créée mais maintenant, il la dirigeait. Aujourd’hui, Il était sur le point de finaliser près de 10 ans de travail acharné et il ne lui restait plus qu’à faire ses preuves en démontrant l’utilité de sa section.

 

Depuis le coming-out des changelings, des loups-garous et des vampires, les espèces féeriques issues d’Alter Mundia, un monde parallèle où ils avaient fui à la suite d’une terrible guerre, en avaient profité pour révéler aussi leur existence. A la base, il était facile d’imaginer que c’était une bonne chose. Contrebalancer l’existence de créatures telles que les loups-garous ou les vampires considérées, pas toujours à tort, comme des êtres maléfiques par la révélation de l’existence des fées, des sirènes et des elfes avait sans doute permis d’éviter la deuxième plus grande chasse aux sorcières de tous les temps. Mais chaque médaille ayant son revers, toutes ces races intelligentes avaient relégué l’espèce humaine à la dernière place sur la chaîne alimentaire et cette dernière en avait plus que pris conscience. Des associations anti-SurNats avaient rapidement fait leur apparition et pas mal de politiciens s’emparèrent de cette nouvelle peur pouvant désigner le nouvel ennemi de l’Amérique et s’assurer ainsi un boulevard dégagé vers la Maison Blanche. Seulement, pour le commun des mortels (des vrais mortels), la vraie vie continuait avec ses vicissitudes quotidiennes. De ce fait, les crimes et délits proliféraient comme avant et les SurNats déjà dans le business ne se cachaient plus pour profiter des quelques pouvoirs que la Nature leur avait conférée. C’est pourquoi Kévin avait eu l’idée de créer une brigade spéciale de surveillance gérée par des SurNats pour les SurNats.

- Bien, que peux-tu me dire sur les fées ? Parce que pour ma part, j’en suis resté au Magicien d’Oz.

 

- Les Fées, ou Faeryns en Seelie, regroupent les espèces d’essence magique qu’abrite Alter Mundia : les Seelies, les Unseelies, les Elfes, les Nains et les Géants. Ils ont des codes communs mais chaque espèce conserve son propre dialecte et sa propre culture. Les Faeryns vivent sous un régime monarchique démocratique avec un système de castes qui comprend les Magistères, les Stratèges, les Erudits, les Agraires et les Négoces. Leur appartenance à une caste ne reflète pas leur niveau social mais leurs aptitudes à aider la société dans laquelle ils évoluent. Aussi, un notable peut aussi tout aussi professer que fabriquer du pain.

 

- Concernant leur mode de vie ?

 

- Contrairement à nous qui sommes une seule et même race composée d’une multitude de communautés différentes, les Faeryns, eux, représentent cinq espèces différentes avec une seule communauté par espèce. Donc, par définition, ils ont une philosophie très différente de la notre. Au niveau technologique, je dirais qu’ils en sont encore à l’âge de fer bien que depuis quelques années, ils essayent d’adapter une partie de notre technologie à leur mode de vie. Par contre, ils compensent largement ce manque par un lien étroit avec ce qu’ils appellent la Magie Elémentaire, ce dont nous sommes totalement incapables. Quant aux Elfes, ils sont reconnus par tous les Faeryns comme étant de très grands guerriers et servent souvent de négociateurs lors de tensions entre deux espèces. Par contre, les autres races useraient davantage de techniques défensives et ne sont pas, ou plus, des guerriers dans l’âme. Aussi la notion de guerre leur est quasiment étrangère depuis plusieurs siècles. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne constituent pas un danger potentiel. Cependant, étant donné que nous n’avons jamais eu officiellement affaire à un Seelie, je serais bien incapable de te dire quelle ligne de conduite dirige leur société.

 

- Et concernant notre nouvel ami ?

 

- Comme tu le sais, c’est un Seelie. Seelies, Unseelies et Elfes sont très proches physiquement à la différence que les Elfes n’ont pas d’ailes et que Seelies sont blancs alors que les Unseelies sont noirs et sont mortellement allergiques au fer. Maintenant, vu le peu d’informations qu’a bien voulu nous fournir l’ambassade Seelie, je suis incapable de te dire si nous avons affaire à un homme ou à une femme et à quelle caste il appartient. Je suppose que Quayan Faeryn est son nom car il est mentionné plusieurs fois dans le rapport mais c’est un point à vérifier. Maintenant, les Seelies connaissant les modalités du protocole d’insertion au sein de l’AFIS, il faut espérer qu’ils auront fait un choix judicieux. Comment comptes-tu procéder ?

 

- Tout dépendra de ses compétences mais je compte procéder comme avec les autres. Il faudra compter facilement un bon mois d’intégration pour ce qui est de la vie quotidienne plus un mois d’entraînement avant de pouvoir l’envoyer sur le terrain avec un binôme.

 

- Et ensuite ?

 

- Ensuite ? On botte définitivement en touche les militaires et les autres fédéraux sur les affaires SurNats et on rafle la mise…

 

CHAPITRE 3

 

L’éclat lumineux, qui l’enveloppait entièrement jusqu’alors, disparu d’un seul coup. Le portail venait de se refermer. Déjà, une boule d’angoisse se creusait une place bien au chaud au creux de son estomac et un pincement au cœur se fit sentir au tréfonds de sa cage thoracique. Son exil commençait. Maintenant. Elle ne pouvait plus rien faire pour tous ceux qui étaient restés sur Alter Mundia : amant, famille, amis. Elle espérait simplement qu’ils s’en sortiraient sinon sains, au moins saufs. Battant lentement des ailes tout en aspirant de longues goulées d’air pour tenter de réfréner sa peur, la jeune Seelie commença à prêter attention à son environnement immédiat. Apparemment, elle se trouvait au milieu d’un gros bocage dont les arbres fins, entremêlés de ronces et de fougères verdoyantes, laissaient filtrer les rayons d’un soleil déclinant. La circonférence de la minuscule clairière dans laquelle elle se tenait dépassait à peine de quelques centimètres l’envergure de ses bras écartés ou de ses ailes déployées. Levant son visage vers le ciel orangé, elle lissa sa longue robe comme si elle venait d’effectuer un long et pénible voyage. Avec un soupir de résignation, elle se tourna vers le Nord avant de quitter la clairière d’un pas décidé, se sachant attendue par les représentants officiels de sa nouvelle terre d’asile.

 

Tout en marchant, elle se remémorait les longues soirées qu’elle avait passé à écouter Tryss la Vagabonde, une ancienne Seelie amie de sa mère qui avait passé l’essentielle de son existence à arpenter les deux mondes, lors de ses visites au palais. Alter Mundia et le Monde Premier sont voués à partager de nouveau la même destinée. Les Humains ont perdu le sens de la Magie naturelle depuis fort longtemps mais ils ont su créer son équivalent : la Magie Technologie et il nous faudra un jour apprendre à vivre avec si nous voulons renouer le contact avec notre ancien monde et ceux des nôtres qui sont restés. Il y a tellement de choses que nous pouvons nous apporter mutuellement.

 

Sa mère aussi en était convaincue et elle avait fini par accepter la proposition des Humains d’intégrer des Seelies dans leurs diverses administrations, faire connaître Sidh’Danaan et les principales cités seelies puis, dans un second temps, proposer aux Humains qui le souhaitent d’intégrer à leur tour certaines castes seelies. Elle-même avait maintes fois rêvé de rencontrer ces fameux savants et comprendre enfin comment les Humains avaient pu survivre sans la Magie. Elle s’était d’ailleurs portée volontaire pour faire partie du premier groupe de Seelies invités sur le Monde Premier. Jamais elle n’aurait pensé que ce projet se retournerait un jour contre elle. La jeune Seelie chassa cette pensée maussade de son esprit. Ce n’était pas de remords dont elle avait besoin dans l’immédiat pour survivre chez les Humains mais d’informations.

 

Pourtant, elle avait déjà atteint l’orée du bosquet avant d’avoir pu se souvenir de quoi que ce soit d’essentiel. La brusque clarté la fit tout d’abord cligner des yeux puis, s’étant adaptée à la luminosité ambiante, elle parcourut l’horizon d’un regard curieux. Des champs de céréales s’étendaient à perte de vue tel un océan d’or dont les vagues ondulaient lascivement au gré du vent. Et au beau milieu de cette mer dansante se trouvaient deux Humains. Un homme et une femme étaient venus l’accueillir et attendaient patiemment qu’elle vienne au devant d’eux. Tous deux se tenaient figés dans leurs costumes sombres et tristes et affichaient un air grave. Leur immobilité contrastait avec le mouvement fluide des blés dansants enlacés par le vent. La jeune Seelie plissa de nouveaux les yeux. Pour peu, elle aurait pu facilement les confondre si ce n’était que la femme arborait une épaisse chevelure brune, des formes plantureuses et une myriade de bijoux en argent aux mains et autour du cou. L’autre Humain sembla brusquement sortir de sa transe et commença à s’approcher d’elle, écartant de la main les blés se trouvant sur son passage. Battant légèrement des ailes, la jeune Seelie alla à sa rencontre, survolant les blés pour venir se poser à quelques mètres de l’homme.

 

- Quayan Faeryn ? lui fit-il, la main tendue et le sourire aux lèvres. Sourire inexistant jusqu’alors. Tryss avait-elle déjà parler du salut humain au cours de ces soirées ?

 

- Quayan Faeryn n’est pas mon nom mais mon statut, cela signifie Fée Royale en Seelie répondit la jeune femme alors qu’elle lui tendait la main à son tour, paume vers le sol. L’homme hésita un court instant puis glissa sa paume dans la sienne avant d’effectuer un quart de tour. La poignée de main fut brève mais vigoureuse et la jeune Seelie ressentit un léger picotement provoqué par le contact direct qui réveilla son aura avant de se propager jusque dans la moelle de ses os. La sensation fut déroutante mais relativement agréable même s’il lui semblait qu’elle était la seule à la ressentir.

 

- Mon nom est Lilhandra La Jeune. Je suis navrée. J’espère ne pas avoir dérogé à un quelconque protocole de bonne conduite par mon incompétence impardonnable. Bien que j’aie appris votre langue sans aucune difficulté, je ne suis pas encore bien à mon aise avec vos différentes coutumes.

 

- Aucunement, soyez en assurée. Quant à moi, je vous présente mes excuses pour cette bévue. J’avoue n’avoir encore jamais rencontré de fée et ne pas être familiarisé avec vos différentes strates sociales… Je suis Kévin Crawford, directeur de l’AFIS, l’Agence Fédérale des Investigations Surnaturelles et voici Raven Jarvis, mon adjointe qui est aussi notre sorcière, continua t’il en désignant d’un geste de la main la jeune femme qui était restée au milieu du champ. Mais il serait plus judicieux de ne pas trop nous attarder. L’équipe au complet nous attend et nous avons pas mal de route à parcourir ce qui nous donnera d’ailleurs l’occasion de discuter un peu de vous et des modalités de votre insertion à l’agence.

 

- Je serais ravie de répondre à toutes vos questions mais il se peut que vous n’en appréciiez pas toutes les réponses… Pour cela, je suis autorisée à vous présenter les excuses les plus sincères de Lyssandre, notre… nouvelle reine.

 

Un air perplexe se dessina sur le visage de Kévin tandis qu’il se raidissait mais il ne fit aucune remarque désobligeante. L’annonce du changement de gouvernement seelie alors que le protocole d’aide et d’échange inter espèces n’était toujours pas signé était certainement pour beaucoup dans l’arrivée précipitée de la jeune Seelie - presque deux mois avant la date officielle - et le fait qu’elle soit seule à venir au lieu des trois individus initialement prévus annonçait un changement de politique étrangère radical. De plus, l’hésitation de la jeune seelie à l’évocation de sa nouvelle souveraine n’avait pas échappé à Kévin et il se demandait dans quelle mesure la jeune femme savait vraiment dans quoi elle venait de mettre les pieds. Il y avait eu bien trop de déférences dans les propos de la jeune Seelie qui n’avait pourtant pas hésité une seconde avant de lui présenté des excuses qui ne tarderaient pas à trouver leur justification, il en était certain. Car il n’y avait pas dire : de prime abord, elle n’avait absolument rien d’une femme d’action…

 

Alors que Kévin invitait Lilhandra à le suivre, il ne put s’empêcher de l’inspecter sous toutes les coutures et eut un mal de chien à détacher ses yeux de ses magnifiques ailes. Si leur forme ressemblait davantage à celles de certains papillons, leur texture lisse et translucide s’apparentait plus à celle d’une libellule voir d’une mouche. Ses ailes comportaient des centaines de fines nervures argentées entrelacées les unes dans les autres et ce, sur toute leur surface. Frappées par les rayons du soleil, les ailes de la fée renvoyaient une myriade de couleurs kaléidoscopiques selon l’angle sous lequel elles étaient observées. L’effet miroir ne dura que quelques secondes mais fut suffisant pour aveugler momentanément Kévin, qui se protégea les yeux avec le dos de sa main.

 

Lilhandra ne devait pas dépasser le mètre soixante et Kévin se trouvait même plutôt généreux. Il était prêt à parier qu’elle était plus petite car sa silhouette filiforme était à même de l’induire en erreur. Son teint ivoire était rehaussé par des pupilles mauves et des lèvres d’un rose soutenu qui lui rappelaient les pivoines pourpres que sa femme avait plantées dans le jardin. Sa longue chevelure, quant à elle, était d’un violet profond, presque noire aux racines, et frôlait régulièrement le bas de ses reins au moindre mouvement. Une fine tiare en argent sertie d’une pierre de lune ceignait son front et la même pierre, taillée en cabochon sur une monture en argent finement ciselée, habillait le pommeau de la longue épée effilée qu’elle portait à la ceinture. Enfin, la jeune Seelie était vêtue d’une longue robe parme, particulièrement échancrée dans le dos, octroyant ainsi un maximum de liberté à ses ailes diaphanes. Elle était taillée dans un tissu vaporeux qui semblait être plus léger et plus doux que la soie. Une longue paire de mitaines en argent complétait sa tenue simple mais raffinée. Mitaines n’était peut être pas tout à fait le terme approprié pour décrire cet entrelacs de fils d’argent savamment tissés qui remontait le long de ses avant-bras et dont la texture se trouvait être à mi-chemin entre la dentelle et la toile d’araignée. En définitive, Kévin avait sous les yeux le portrait vivant d’une délicate poupée de porcelaine à la beauté éthérée. Seulement depuis qu’il faisait ce job, il avait appris à se méfier des petites choses fragiles, aussi jolies fussent-elles…

 

- Tu pourrais être un peu plus discret… lui fit remarquer Raven, tandis qu’elle lui emboîtait le pas. On dirait un gamin entrain de reluquer son premier magazine porno  !

 

Kévin s’éloigna rapidement en bougonnant, ce qui fit rire Raven aux éclats et attira l’attention de la jeune fée. Il était déjà presque sorti du champs et s’approchait d’un gros objet métallique oblong scintillant.

 

- C’est ce que l’on appelle une automobile, n’est ce pas ? demanda Lilhandra de sa voix cristalline.

 

- Tout à fait. Vous en avez déjà vu ?

 

- Non. Mais des voyageurs d’entre les mondes ont rapporté pas mal d’histoires sur la Magie Technologie, notamment sur vos énigmatiques diligences. Aucun d’eux n’a jamais su expliquer comment elles avançaient.

 

- Enigmatiques ? railla Raven. Croyez-moi, il n’y a que leur prix qui est énigmatique. Pour le reste, vous verrez très vite par vous-même qu’elles sont très facilement manipulables.

 

La jeune sorcière regarda la Seelie, la tête légèrement penchée sur le coté, cherchant la formule la plus appropriée à une situation qui ne l’était pas du tout.

 

- Et justement… en parlant de choses manipulables. Vous avez une astuce pour ranger vos ailes ? Parce que sinon je ne vois pas comment vous allez pouvoir vous asseoir sans quelques difficultés… répondit Raven, tout sourire. D’ailleurs, étant donné que c’est la première fois que vous montez en voiture, je vous suggère de vous asseoir à l’avant. Sinon vous prenez le risque de dégobiller sur la banquette arrière et le chef est plutôt pointilleux quand il s’agit de sa voiture.

 

- Dégobiller ?

 

- Dégobiller, vomir, gerber…

 

- Ah... Je vois... Et cela ne se produira pas si je m’installe à l’avant ?

 

- Ca, je n’en sais rien… Mais au moins vous aurez le choix entre le costume à 2 000 $ de notre vénéré directeur ou son vide-poches ! Et dans un cas comme dans l’autre, il serait bien capable de vous être reconnaissant d’avoir épargner ses sièges en cuir !

 

- La ferme, Jarvis ! cria Kévin au loin.

 

Lilhandra les contempla tour à tour et comprit à leurs visages ouverts et souriants qu’il ne s’agissait là que d’une boutade et leur répondit par un sourire éclatant. Puis, pour répondre à la question que lui avait posée Raven quant à ses ailes, celles-ci se plièrent et se replièrent pour finir par totalement disparaître derrière la chevelure de la Seelie.

 

- Voilà qui est pratique ! Si je pouvais faire pareille avec mes kilos en trop ! ironisa Raven en ouvrant la portière coté passager et en invitant Lilhandra à s’installer.

 

Alors que les deux humains étaient entrain de s’installer dans le véhicule, Lilhandra observa encore une fois avec attention le paysage qui venait de l’accueillir. Aussi loin que ses yeux puissent y voir, tout n’était que champs mordorés ou verdoyants. La nuit empiétait maintenant largement sur les derniers rayons du soleil qui étaient bien incapables à présent de traverser le bosquet devenu si obscur qu’il semblait n’être qu’une énorme tâche d’encre. Là, reposait l’un des rares portails de voyage toujours actif que les humains n’avaient pas encore détruit, la plupart du temps par inadvertance. Dorénavant éteint, plus rien ne la reliait aux siens. Mis à part peut-être la magie ambiante qu’elle avait ressentie à son arrivée. Du bout des lèvres, Lilhandra adressa ses salutations à la Nature de ce monde, qui l’en remercia immédiatement par le biais d’une tiède caresse sur le visage. Peu puissante, elle était pourtant bien présente et si la Nature de cette contrée avait refusé sa présence, jamais elle n’aurait pu franchir vivante le portail de voyage. Il était donc tout naturel qu’elle lui adresse ses respectueuses salutations.

 

- Lilhandra… Nous devons y aller maintenant, murmura la voix douce de Raven tandis que Kévin avait déjà démarré la voiture.

 

La voix de Raven tira Lilhandra de sa méditation. Cette dernière constata alors que la boule d’angoisse qui avait pris racine dans son estomac n’avait pas disparue. Elle avait juste réussi à se faire un peu oublier. Elle pouvait même sentir son cœur palpiter au fond de sa gorge. S’installant sur le siège passager, Lilhandra jeta un bref coup d’œil à Kévin et à Raven afin de reproduire avec attention les gestes qu’ils venaient d’exécuter. Mal installée dans un siège qui lui semblait bien peu confortable et avec en prime une sangle démoniaque aussi souple qu’un nerf de bœuf, Lilhandra était très loin d’exulter. Malgré tous ses efforts, la sangle lui barrait la poitrine et menaçait de l’étrangler à chaque mouvement. Tu vas y arriver, tu vas y arriver… se répétait-elle tandis qu’elle combattait avec vaillance pour enclencher la boucle de la courroie sans que celle-ci ne lui rabote le nez. Un clic salvateur se fit enfin entendre et c’est naturellement à ce moment précis que la sangle décida de remonter brusquement, collant la fée stupéfaite au fond de son siège.

 

- Désolé, le mécanisme débloque et je ne peux pas régler la ceinture de sécurité plus bas. Il faudra faire avec… fit Kévin avec un sourire amusé.

 

Tu verras, la Magie Technologie est tout bonnement incroyable. C’est ce que lui avait assuré Tryss durant l’une de leurs longues veillées. Apparemment, la Magie Technologie pouvait être aussi bornée et imprévisible que la Magie Naturelle…

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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